J’envisage ma pratique comme une succession d’enregistrements.


À travers la gravure j’essaie de capter les empreintes du corps, de ses gestes, de ses déplacements.

Où se situe la frontière entre une surface et son empreinte ? Entre un geste et sa trace?

C’est au creux de cette dualité que se situe ma recherche, dans cette impossibilité d’être à la fois l’auteur et l’image.
 

La gravure est plus qu’un simple outil, elle est la médiatrice qui permet de révéler l’empreinte,

de mettre en superposition le corps et l’image sans que l’un ne puisse se réduire à l’autre.

 

Pointe - sèche / dry point

Ici le corps se confronte avec le métal.
C’est une danse, longue et patiente, un dialogue inégale.
Le temps coule sur  le geste, le souffle et la mémoire.


 

Mes pointes-sèches sont le résultat de longues performances.

Le corps répète durant des heures le même geste, l’outil vient inlassablement creuser le métal.

 

Ce combat se transforme doucement en union lorsque le papier vient saisir la trace.

Soudain la douceur de la ligne met en perspective la violence de l’action.

Ces images sont alors les miroirs de nos propres paradoxes entre violence et apaisement, calme et fracas.

 

MONOTYPES

    Il y a l’encre, là sur la plaque.
    Le corps glisse, s’agrippe, se noie dans l’encre.
    Et ça fait de lourds bourrelets gras et visqueux autour et
    Sur le corps, et on pense que le corps va disparaître.

    Mais il continue, le corps, à avancer,
    Tordu, plié,
    Et derrière le corps, perdu dans le sillage qu’il fait
    Dans le noir de l’encre,
    Il y a de grandes tâches de lumière.


 

Cette série est le résultat de la captation de gestes directs effectués sur des plaques recouvertes d’encre. Ramper, chuter, glisser, danser.

    Ce travail exprime une tension : d’une part l’immédiateté du mouvement, du corps libre, du geste lâché et de l’autre la frontière de l’image, sa force immuable et figée. Le voyage de notre regard sur la surface imprimée vient recréer le geste et faire le lien entre ses deux états de la matière.

FROTTAGES - La radieuse

ROMA - residence academia belgica

Comment rendre compte d’un voyage ?


Quel est notre rapport à une ville, à ses paysages ?


Comment se construit la mémoire au sein du flot d’images touristiques ?


 

Le projet Roma est un ensemble de 10 gravures réalisées lors de ma résidence à l’Academia Belgica en Juillet 2017.  

 

Chaque jour partir avec une plaque de gravure, ne pas avoir de cartes. Marcher, déambuler dans la ville de Rome et graver sur cette plaque toutes les images de la villes, accumuler tous les paysages traversés pour recomposer un paysage nouveau.

    Par ce processus j’essaie d’interroger notre rapport au voyage, au regard et au temps. L’instantanéité de la photo se confronte au fastidieux travail de gravure. La ville de Rome figée dans les plaques s’est muée en une ville imaginaire, un paysage mental de la promenade qui fait paradoxalement échos aux prisons imaginaire gravée par Piranesi.